Vous avez terminé plusieurs tâches aujourd’hui. Pourtant, au lieu de penser à tout ce que vous avez accompli, votre esprit revient sur ce qui reste à faire.
Vous auriez pu avancer davantage. Être plus efficace. Faire mieux.
Et même après une journée bien remplie, cette petite impression persiste : « Je n’en ai pas fait assez. »
D’où vient ce sentiment ? Est-il simplement le signe que nous sommes ambitieux, ou existe-t-il une différence entre viser l’excellence et chercher constamment à atteindre la perfection ?
La recherche scientifique sur le perfectionnisme apporte des éléments intéressants pour comprendre ce mécanisme.
Excellence ou perfection ?
Viser haut n’est pas nécessairement un problème. La recherche suggère qu’il est utile de distinguer la recherche de l’excellence de la recherche de la perfection.
Dans une étude menée auprès de 376 étudiants aux cycles supérieurs, Gaudreau et Benoît (2025) distinguent l’excellencisme, qui consiste à poursuivre des standards très élevés mais atteignables, du perfectionnisme, caractérisé par la poursuite plus rigide de standards idéalisés et sans défaut.
Cette distinction est importante : vouloir progresser, produire un travail de qualité et se fixer des objectifs ambitieux ne signifie donc pas nécessairement rechercher la perfection.
🧭 À retenir : le problème n’est pas forcément d’avoir des standards élevés. La question est plutôt de savoir si ces standards nous permettent d’avancer… ou s’ils deviennent une exigence permanente de faire toujours plus et toujours mieux.
Quand le sentiment de « ne jamais en faire assez » s’installe
Une partie de cette impression peut venir de l’écart entre ce que nous accomplissons réellement et ce que nous estimons que nous devrions accomplir.
Dans leur méta-analyse portant sur 67 études et 378 tailles d’effet, Osenk, Williamson et Wade (2020) montrent qu’il est utile de distinguer deux dimensions du perfectionnisme : les standards personnels élevés et les préoccupations perfectionnistes.
Les standards élevés ne sont pas nécessairement problématiques en eux-mêmes. En revanche, les préoccupations perfectionnistes — notamment le sentiment persistant de ne pas atteindre ses propres attentes — sont davantage associées à des résultats défavorables.
Autrement dit, le problème n’est peut-être pas seulement la hauteur de la barre que nous nous fixons, mais la manière dont nous évaluons constamment la distance qui nous en sépare.
🧭 À retenir : viser haut n’est pas nécessairement le problème. Le sentiment de « ne jamais en faire assez » peut apparaître lorsque notre attention reste constamment fixée sur l’écart entre ce que nous avons accompli et ce que nous pensons devoir accomplir.
Quand notre esprit continue à travailler
Il arrive que la journée soit terminée, mais que notre esprit continue à travailler. Nous repensons à ce que nous aurions pu mieux faire, à ce qui reste à terminer ou à ce que nous devrons accomplir demain.
Ces pensées répétitives peuvent contribuer à entretenir le sentiment de ne jamais en faire assez.
Dans une étude menée auprès de 126 participants, Garratt-Reed et ses collègues (2018) ont observé une association entre les préoccupations perfectionnistes, les pensées négatives répétitives et le burnout.
Cela ne signifie pas qu’une pensée exigeante provoque automatiquement de l’épuisement. L’étude étant transversale, elle ne permet pas d’établir une relation de cause à effet. Elle suggère néanmoins qu’il existe un lien intéressant entre la manière dont nous nous jugeons, les pensées qui tournent en boucle et l’épuisement.
🧭 À retenir : parfois, ce n’est pas seulement la quantité de travail qui pèse, mais aussi le travail qui continue mentalement une fois la tâche terminée.
Quand l’exigence finit par nous épuiser
Le sentiment de devoir constamment faire davantage peut aussi s’inscrire dans la durée. Lorsque chaque réussite devient rapidement insuffisante et qu’un nouvel objectif prend immédiatement sa place, il devient difficile de ressentir que ce que nous avons fait est réellement « assez ».
Une étude longitudinale menée par Seong, Lee et Chang (2021) auprès de 336 adolescents coréens, suivis à trois moments différents, a examiné les relations entre perfectionnisme et burnout au fil du temps.
Les résultats suggèrent que le perfectionnisme général pouvait prédire de petites variations ultérieures du burnout. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence : l’étude concernait des adolescents et les effets observés étaient modestes.
Elle apporte néanmoins une idée intéressante : certaines formes d’exigence envers soi ne sont pas seulement liées à ce que nous ressentons aujourd’hui. Elles peuvent participer à une dynamique qui se prolonge dans le temps.
🧭 À retenir : lorsque « faire mieux » devient systématiquement la prochaine étape, nous risquons de ne jamais nous accorder le sentiment d’avoir suffisamment accompli.
Comment sortir du « jamais assez » ?
L’objectif n’est pas de devenir moins ambitieux ni de renoncer à faire du bon travail. Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître le moment où l’exigence nous aide à avancer… et celui où elle commence à nous enfermer dans une course sans fin.
Voici quelques pistes simples à expérimenter.
1. Définir « assez » avant de commencer
Avant de commencer une tâche, prenez quelques secondes pour définir ce qui constituera un résultat suffisamment bon.
Sans limite claire, il est facile de continuer à corriger, améliorer ou ajouter des détails simplement parce qu’il serait encore possible de faire mieux.
Essayez de vous demander :
« Qu’est-ce qui me permettra de considérer cette tâche comme terminée ? »
Définir ce critère à l’avance ne signifie pas faire un travail médiocre. Cela permet plutôt de donner une ligne d’arrivée à notre effort.
🧭 À expérimenter : avant votre prochaine tâche importante, écrivez en une phrase ce que signifie « terminé » pour vous. Lorsque ce critère est atteint, observez ce qui se passe lorsque vous décidez de vous arrêter.
2. Regarder aussi ce qui a été accompli
Lorsque nous avons l’impression de ne jamais en faire assez, notre attention se dirige facilement vers ce qui reste à faire : le courriel auquel nous n’avons pas répondu, la tâche reportée ou l’objectif que nous n’avons pas encore atteint.
Essayons volontairement de regarder aussi dans l’autre direction : ce qui a déjà été accompli.
À la fin de la journée, plutôt que de consulter uniquement votre liste de tâches restantes, prenez un instant pour identifier trois choses que vous avez effectivement réalisées, même si elles vous semblent petites.
L’objectif n’est pas de se convaincre que tout est parfait, mais de rééquilibrer notre regard entre ce qui reste à faire et ce qui a déjà été fait.
🧭 À expérimenter : ce soir, notez trois choses que vous avez accomplies dans la journée. Pour chacune, résistez à l’envie d’ajouter immédiatement « oui, mais… ».
3. Apprendre à fermer mentalement la journée
Parfois, le travail s’arrête physiquement, mais continue mentalement. Nous quittons notre bureau, pourtant notre esprit reste occupé par ce qui n’a pas été terminé, ce qu’il faudra faire demain ou ce que nous aurions pu mieux faire.
Créer un petit rituel de fin de journée peut aider à marquer une frontière entre le temps consacré au travail et le reste de notre vie.
Avant de terminer votre journée, prenez quelques minutes pour noter :
• ce que vous avez accompli aujourd’hui ;
• ce qui reste à faire ;
• la première chose que vous reprendrez demain.
L’objectif n’est pas de tout terminer avant de partir, mais de donner à votre esprit un endroit où déposer ce qui peut attendre demain.
🧭 À expérimenter : pendant une semaine, consacrez cinq minutes à ce rituel avant de terminer votre journée. Observez simplement si cela change votre capacité à décrocher ensuite.
Réussir sans être constamment en train de se prouver quelque chose
Vouloir progresser, apprendre et accomplir de belles choses n’est pas incompatible avec une vie équilibrée.
La difficulté apparaît lorsque chaque réussite devient immédiatement insuffisante, que notre attention reste fixée sur ce qui manque et que nous ne nous autorisons jamais vraiment à considérer une journée, une tâche ou un effort comme « assez ».
Peut-être que l’enjeu n’est donc pas de devenir moins exigeant envers soi-même, mais d’apprendre à distinguer l’exigence qui nous fait grandir de celle qui nous épuise.
La prochaine fois que cette petite voix vous dira « tu aurais pu faire plus », essayez de lui répondre par une autre question :
« Est-ce que faire davantage est réellement nécessaire… ou est-ce que ce que j’ai fait est déjà suffisant pour aujourd’hui ? »
Il n’existe probablement pas une seule définition de la réussite. À chacun de trouver un équilibre entre ce qu’il souhaite accomplir et la vie qu’il souhaite vivre.
Votre cap. Votre rythme. Votre vie.
VivaNav — Réussir tout en vivant.
Références scientifiques
Gaudreau, P., & Benoît, A. (2025). Excellencism and perfectionism among graduate students. British Journal of Psychology, 116, 907–929. DOI: 10.1111/bjop.12798
Garratt-Reed, D., Howell, J., Hayes, L., & Boyes, M. (2018). Perfectionism and academic burnout: The mediating role of repetitive negative thinking. PeerJ, 6, e5004. DOI: 10.7717/peerj.5004
Osenk, I., Williamson, P., & Wade, T. D. (2020). Does perfectionism or pursuit of excellence contribute to successful learning? A meta-analytic review. Psychological Assessment. Meta-analysis of 67 studies and 378 effect sizes.
Seong, H., Lee, S., & Chang, E. (2021). Perfectionism and academic burnout: Longitudinal associations. Personality and Individual Differences, 172, 110589.

